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Comprenez la théorie des intelligences multiples pour mieux accompagner vos apprenants.

Dernière mise à jour : 17 nov. 2021

Pédagogie en santé et intelligences multiples


Dans les années 70, le psychologue cognitiviste Howard Gardner s’intéresse au potentiel humain et au concept d’intelligence. Les études menées alors avaient pour ambition de démontrer que la pensée humaine est en réalité plus complexe et plus complète que ce qui était alors enseigné en psychologie et notamment la notion de Q.I qui évolue depuis le début du siècle. Ses recherches le conduisent à mettre en évidence que le terme d’intelligence se conjugue au pluriel. Définir l’intelligence devient alors l’objectif d’un vaste programme de recherche. Étymologiquement parlant, l’intelligence ne serait que la faculté de comprendre les éléments qui nous entourent. En fait l’intelligence en tant que telle n’existe pas, elle n’est ni unique, ni universelle. D’où l’intérêt de l’intégrer comme une multitude.


Comprendre l'intelligence

Quelles sont les différentes intelligences ?


Ses premiers résultats s’opposent directement au test de QI. Comment mesurer une multitude d’intelligences par le même test chez tous les sujets ? Howard Gardner met en évidence que tous les hommes sont intelligents mais pas forcément de la même façon. Il découvre alors 8 intelligences différentes, chacune correspondant à un talent ou une aptitude spécifique :


1. L’intelligence linguistique : consiste à utiliser le langage pour comprendre les autres, pour exprimer ce que l’on pense. C’est l’intelligence des sonorités.


2. L’intelligence logicomathématique : c’est la capacité de logique, d’analyse, d’observation ainsi que celle de résoudre des problèmes. Ce type d’intelligence permet l’analyse des causes et conséquences d’un fait, l’émission d’hypothèses, la compréhension de phénomènes complexes, la manipulation des chiffres et l’exécution des opérations mathématiques.


3. L’intelligence intrapersonnelle est l’aptitude à faire de l’introspection, c’est-à-dire à revenir à l’intérieur de soi, à identifier ses sentiments, à analyser ses pensées, ses comportements et ses émotions. Cette forme d’intelligence permet de se comprendre soi-même, de voir ce qu’on est capable de faire, de constater ses limites et ses forces, d’identifier ses désirs, ses rêves et de comprendre ses réactions. C’est aussi la capacité d’aller chercher de l’aide en cas de besoin.


4. L’intelligence interpersonnelle ou sociale permet à l’individu d’agir et de réagir avec les autres de façon correcte. Elle l’amène à constater les différences de caractère, de nature, de motifs d’action entre les individus. Elle permet l’empathie, la coopération, la tolérance. Elle donne la possibilité de détecter les intentions de quelqu’un sans qu’elles ne soient ouvertement avouées. Cette forme d’intelligence permet de résoudre des problèmes liés aux relations avec les autres; elle permet de comprendre et de générer des solutions valables pour aider les autres.


5. L’intelligence visuospatiale permet à l’individu de se faire une représentation spatiale du monde dans son esprit. Elle donne la possibilité de créer des œuvres d’art et artisanales, d’agencer harmonieusement des vêtements, des meubles, des objets, de penser en images.


6. L’intelligence kinesthésique est la capacité d’utiliser son corps ou une partie de son corps pour communiquer ou s’exprimer dans la vie quotidienne ou dans un contexte artistique, pour réaliser des tâches faisant appel à la motricité fine, pour apprendre en manipulant des objets, pour faire des exercices physiques ou pratiquer des sports.


7. L’intelligence musicale est la capacité de penser en rythme et en mélodie, de reconnaître des modèles musicaux, de les mémoriser, de les interpréter, d’en créer, d’être sensible à la musicalité des mots et des phrases.


8. L’intelligence naturaliste permet à l’individu de classifier, de discriminer, de reconnaître et d’utiliser ses connaissances sur l’environnement naturel, sur les animaux, sur les végétaux ou sur les minéraux. Souvent les personnes chez lesquelles cette forme d’intelligence est bien développée aiment posséder un cahier de notes d’observations ou garder leurs observations en mémoire ; elles aiment prendre soin d’animaux et cultiver un jardin.


intelligences multiples

Comment sont établies les différentes intelligences ?


Afin de mieux comprendre le succès de la théorie d’Howard Gardner, il est important de comprendre comment il a défini une aptitude qualifiée d’intelligence. En premier lieu, chaque intelligence doit être associée à une résolution de problème ou de difficulté. De plus, une intelligence doit être valorisée et considérée comme utile et importante, au moins dans certaines cultures. A ces idées principales s’ajoutent d’autres critères scientifiques :


  • Avoir une structure et un fonctionnement neuronal distincts et identifiés

  • Pouvoir identifier parmi la population des exceptions : des prodiges ou au contraire des personnes démunies face à telle ou telle intelligence

  • Avoir des étapes de développement distinctes

  • Avoir une histoire et une fonction dans l’évolution.

  • Pouvoir être encodée dans des systèmes symboliques, tels que les chiffres, lettres, ou encore les notes de musique

  • Pouvoir se distinguer via des tâches expérimentales

  • Être validée en psychométrie : domaine de recherche qui teste la validité scientifique par des instruments de mesures

  • On doit pouvoir appréhender les mécanismes de traitements de l’information


Intelligences multiples, les controverses scientifiques.


Ces critères sont très développés, pour chaque forme d’intelligence, dans le livre américain Frames of Mind de Howard Gardner. Ils sont nettement moins présents dans la traduction française Les intelligences multiples, et parfois pas du tout mentionnés par les médias de vulgarisation focalisés sur l’application pratique de la théorie de Gardner. Pourtant, revenir à ces critères permet de comprendre certaines controverses scientifiques.


Les intelligences sont floues. Il est difficile de justifier chaque choix. Il n’existe pas de critères bien identifiés pour les reconnaitre. De ce fait comment les transposer en formation santé?


Certains auteurs, comme le psychologue américain Daniel Willingham, très proche du domaine de l’éducation, critiquent le flou entourant les critères de définition des intelligences : ils ne seraient pas totalement contraignants, et ne permettraient pas d’expliquer pourquoi d’autres formes d’intelligences ne sont pas inclues (l’humour ou la mémoire, par exemple). De fait, Gardner annonce qu’une intelligence peut ne pas satisfaire tous les critères énoncés, mais la majorité d’entre eux. Il avance même, dans Frames of Mind, que la sélection d’une intelligence peut relever d’un critère non purement scientifique… Un tel flou est néfaste, car la réplicabilité est un critère très important pour les scientifiques : les règles permettant de sélectionner une intelligence ou une autre devraient pouvoir être appliquées par plusieurs personnes indépendantes les unes des autres.


Formation santé

Comment tester les intelligences multiples ? L’impact sur la pédagogie et plus spécifiquement sur la pédagogie en santé ?


Concrètement, la vision de d’Howard Gardner est difficilement expérimentale et encore plus en formation en santé. De ce fait, il est difficile de démontrer si la théorie des intelligences multiples a un impact positif sur les apprentissages. Aucun impact n’a été démontré que ce soit en classe ou en pédagogie pour adulte.

Les seules données sont les témoignages des enseignants et des apprenants. Mais quelle fiabilité donner à ces témoignages ? Le formateur qui utilise cette méthode peut être influencé par le simple fait du travail fourni pour sa mise en place. Cet effort peut aussi être perçu et influencer les apprenants. De plus comment différencier l’origine des effets positifs ? Est-ce l’approche des intelligences multiples ou l’attitude et l’engagement de l’enseignant ?

D’où la nécessité de mettre en place de vraies études expérimentales ou les mêmes formateurs utiliseraient de façon une approche ou l’autre. Cependant cela est difficile car les enseignants peuvent mettre en place une variété de modalités pour chaque approche.


Pour conclure


Le succès de la théorie des apprentissages multiples peut s’expliquer par les valeurs sociales qu’elle fait resurgir. En effet, le respect de la diversité, l’individualisation des apprentissages promeut la confiance des élèves. En revanche, attention au « profilage » intempestif basé sur des outils non validés et non standardisés. Enfin, définir plusieurs intelligences, ne veut pas forcément dire que chacune d’entre elles se valent pour tous les types d’apprentissages. Or, c’est surtout le contenu pédagogique qui semble mobiliser un type de traitement de l’information plutôt qu’un autre. En fait l’idée globale d’Howard Gardner est d’utiliser différentes modalités et formes d’intelligences pour introduire un sujet pédagogique et ainsi éveiller l’attention des apprenants. Il met surtout l’accent sur la multiplication et la combinaison des supports afin de consolider les apprentissages.

Pour finir, les débats autour de la théorie des intelligences multiples sont complexes car associé au terme d’intelligence très connoté et difficilement définissable. Finalement pourrait-on envisager une théorie des aptitudes, des talents ou des habiletés multiples ?


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